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“12 years a slave” : l’esclavage noir sur blanc – Le Nouvel Observateur

“12 years a slave” de Steve McQueen (2013), “Amistad” de Steven Spielberg (1997), et “Mandingo” de Richard Fleischer (1975) ©DR

C’est l’angle mort du cinéma américain : l’esclavage, sujet tabou ? La sortie de “12 Years A Slave“, de Steve McQueen, a rallumé les passions. Le film, seconde adaptation de l’autobiographie de Solomon Northrup (la précédente, un téléfilm réalisé par Gordon Parks, date de 1984), est, au choix, loué pour son sujet, critiqué pour sa froideur, montré en exemple, ou balayé d’un revers de main (“Rien de nouveau”, écrit le critique black Armond White). merveilleuses images du Deep South, séance de fouet, traitements barbares, liberté chérie, happy end : Steve McQueen a-t-il tué son sujet en le filmant comme une série de diapositives éducatives ? Ou a-t-il débridé avec talent une blessure nécessaire ? La polémique, ouverte depuis quelques jours, a un aspect positif, selon Dexter Gabriel, professeur de cinéma à la George Mason University à Washington : “C’est un thème très controversé, dans le contexte du cinéma américain.” C’est le moins qu’on puisse dire. Car, en plus d’un siècle, les films qui traitent de ce sujet sont rares. On n’en compte guère plus d’une vingtaine.

Rareté qu’explique Chiwetel Ejiofor, l’acteur qui tient le rôle de Solomon Northrup : “Comme les disparités sociales entre Blancs et Noirs existent encore, j’imagine qu’il existe un malaise persistant avec l’esclavage qui exige d’une partie du public de se confronter avec une part sombre de son histoire. Mais il me semble qu’on ne peut comprendre son époque ni les dysfonctionnements de la société d’aujourd’hui si l’on élude un chapitre aussi conséquent que l’esclavage.” Originaire d’Afrique, Lupita Nyong’o (qui tient le rôle de Patsey dans “12 Years A Slave“) apporte un éclairage différent : “Au Kenya, d’où je viens, la question de l’esclavage concerne davantage la traite négrière vers le Moyen-Orient. On l’enseigne à l’école, on en parle à la télévision. On croit connaître le sujet. Or un film comme celui-ci nous révèle l’étendue de nos lacunes historiques…” Incontestablement, l’Amérique est frileuse. Hollywood aussi.

Au début, à l’époque du cinéma muet, les Afro-Américains étaient systématiquement joués par des Blancs passés au cirage. Ainsi, dans “la Case de l’Oncle Tom”, en 1903, le fameux Tom était joué par Siegmund Lubin (de son vrai nom Siegmund Lubszynski), qui n’était ni acteur ni Afro-Américain… mais ophtalmologue polonais. Les Noirs, dans le film, étaient vraiment des enfants : pendant leur vente aux enchères, ils ne pouvaient s’empêcher de danser ! D’autres films – “Confederate Spy” (1910) et “For Massa’s Sake” (1911) dépeignent des “nègres” qui restent volontiers au service de leurs maîtres. En 1915, la situation s’aggrave : dans “Naissance d’une nation”, les Noirs, une fois affranchis, sont présentés comme des violeurs, des assassins, des brutes. Le message est clair : libérez-les, ils deviennent des bêtes. Violemment raciste, le film de Griffith (1915) est-il une oeuvre géniale ou une mauvaise action ? Un chef-d’oeuvre peut-il être politiquement (très) incorrect ? La question reste ouverte. Le film, lui, est aujourd’hui insupportable à regarder.

Oublions les quelques mélodrames joués par Shirley Temple (“le Petit Colonel”, 1935 ; “la Fille rebelle”, 1936) sur fond de plantation et de gentils serviteurs noirs (souvent joués par l’immense danseur de claquettes Bill “Bojangles” Robinson). L’oscar décerné à Hattie McDaniel, pour son rôle de grosse mamma dans “Autant en emporte le vent”, ne changera rien : en 1939, “Hollywood décrivait des esclaves heureux, joviaux, des stéréotypes”, soutient le professeur Gabriel. La guerre va faire bouger les lignes : en 1945, de retour aux Etats-Unis, les soldats noirs refusent d’être traités comme des sous-citoyens. Une sourde colère commence à poindre. Elle va exploser avec les années 1960. Le cinéma, lui, crée alors des héros black virils, séduisants, invincibles : la “blaxploitation” est le revers caricatural de “Naissance d’une nation”. Le sujet de l’esclavage va revenir à la surface avec la série “Roots” en 1977. Le succès est immense, les retombées, rares.


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