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Comment les inégalités sont en train de briser le rêve américain – La Tribune.fr

Les États-Unis ont longtemps été considérés comme une « terre d’opportunités, » où ceux qui travaillaient dur pouvaient aller de l’avant. La croyance dans cette caractéristique fondamentale de l’identité nationale américaine n’a cessé de persister, bien que les inégalités se soient progressivement creusées au fil des décennies.

Ces dernières années, en revanche, la tendance en direction d’écarts extrêmes en termes de revenus et de richesse s’est considérablement accélérée, en raison des évolutions démographiques, de la polarisation des compétences au sein de l’économie, ainsi que des politiques budgétaires. Faut-il alors considérer que le rêve américain serait sur le point de s’effondrer ?

 Un report de 1.100 milliards de dollars 

Entre 1997 et 2007, la part des revenus s’inscrivant dans le top 1% des ménages américains a augmenté de 13,5%. Ceci équivaut à un report de 1.100 milliards de dollars des revenus annuels américains en faveur de ces familles – soit plus que le total des revenus des 40% de ménages américains les moins favorisés.

L’impact précis de ces inégalités sur le bien-être des individus demeure controversé, notamment en raison de la nature complexe des mesures nécessaires pour jauger cette donnée avec exactitude. Mais si les indicateurs objectifs ne peuvent aboutir à une image complète de la relation existant entre inégalités et bien-être humain, la manière de les interpréter fournit aux individus un certain nombre de signaux importants au sein des sociétés, ainsi que d’une société à l’autre.

La conséquence d’un système injuste ?

Lorsque les inégalités sont uniquement perçues comme un juste retour des choses compte tenu des efforts individuels fournis, elles peuvent constituer un signal constructif en direction d’opportunités futures. Mais lorsqu’elles sont considérées comme la conséquence d’un système injuste récompensant seulement une poignée de privilégiés, ces inégalités sont susceptibles d’altérer la motivation et ainsi la propension des individus à travailler dur et à investir dans l’avenir.

En ce sens, les tendances qui se jouent actuellement aux États-Unis se révèlent en grande partie destructrices. La mobilité économique a par exemple décliné ces dernières décennies, et s’avère également aujourd’hui plus faible qu’auparavant dans de nombreux autres pays industrialisés, tels que le Canada, la Finlande, l’Allemagne, le Japon et la Nouvelle-Zélande. La place initialement occupée par un travailleur américain au sein du schéma de répartition des revenus s’avère extrêmement prédictive du salaire qu’il touchera à l’avenir.

Une forte corrélation intergénérationnelle en termes de revenus

Il existe par ailleurs aux États-Unis une forte corrélation intergénérationnelle en termes de revenus (qui s’élève à environ 0,5), les enfants de parents percevant disons 50% de plus que la moyenne ayant de grandes chances de toucher 25% de plus que la moyenne de leur génération. En effet, les États-Unis se situent désormais à peu près en milieu de tableau selon le classement des opportunités économiques formulé par la Banque mondiale, bien en-dessous d’États comme la Norvège, l’Italie, la Pologne et la Hongrie.

Certains prétendent que tant que les États-Unis conserveront leur dynamisme économique, leur leadership en matière d’innovation technologique, ainsi que leur nature attractive pour les immigrants, peu importe l’existence d’inégalités de revenus. D’autres tendances pertinentes – échec des établissements scolaires publics, effondrement de l’infrastructure, augmentation des taux de criminalité, ou encore persistance des disparités d’accès aux opportunités en fonction de l’appartenance ethnique – semblent néanmoins réfuter une telle conception.

Après tout, le fait d’héberger quelques-unes des meilleures universités de la planète ne revêt que peu de signification lorsque l’accès à ces établissements dépend en grande partie des revenus familiaux du candidat.

 Le risque d’investir moins dans l’éducation

Tout ceci ne revêt pas seulement de l’importance pour les Américains. Dans un monde au sein duquel les différents destins individuels sont de plus en plus liés, et où l’efficacité de la gouvernance repose sur une certaine forme de consensus s’agissant des normes de justice sociale et distributive, le creusement des inégalités de revenus dans un pays donné – et notamment lorsque ce pays s’est longtemps démarqué en tant que modèle d’opportunités économiques – est de nature à façonner les comportements ailleurs dans le monde.

En l’absence de conviction selon laquelle le travail acharné engendre les opportunités, les individus sont moins enclins à investir dans l’éducation, compromettant ainsi le développement du marché du travail ; ils peuvent parfois même céder à une tentation protestataire.

 La puissance douce de l’Amérique semble bel et bien vouée à s’éroder 

Plus généralement, le déclin de la mobilité économique aux États-Unis est de nature à saper la confiance dans les principes d’économies de marché et de gouvernance démocratique auxquels l’Amérique a adhéré il y a des décennies – des pratiques indispensables aux stratégies de développement de nombreux États. Comme l’a souligné le prix Nobel Joseph Stiglitz : « La mesure dans laquelle la politique et l’économie mondiale seront façonnées en accord avec nos valeurs et nos intérêts dépendra en grande partie de la capacité de notre système économique et politique à opérer en faveur du plus grand nombre de citoyens. »

Eu égard aux signes de plus en plus nombreux mettant en lumière la tendance du système à opérer bien davantage en faveur des citoyens les plus fortunés qu’au bénéfice des plus pauvres, la puissance douce de l’Amérique semble bel et bien vouée à s’éroder de manière significative.

Un débat constructif sur les inégalités reposera sur l’opinion publique

La réduction des inégalités exigera un certain nombre de solutions globales à long terme, telles qu’une réforme des politiques budgétaires en faveur de l’investissement public dans la santé et l’éducation, sans pour autant ajouter à l’effet dissuasif d’un code de la fiscalité d’ores et déjà caractérisé par sa lourdeur. La promotion de telles mesures requiert néanmoins une volonté politique ferme, qui semble faire défaut aux États-Unis.

Compte tenu d’une paralysie politique à l’échelle nationale, l’amorce d’un débat constructif autour d’une problématique aussi controversée et conséquente que la question des inégalités reposera ainsi en grande partie sur l’opinion publique américaine. Si davantage d’individus parviennent à reconnaître les contraintes que font peser les inégalités sur leurs perspectives futures, ils seront bien plus à même de faire appel aux responsables politiques afin d’y remédier. Ceci bénéficierait non seulement aux États-Unis, mais engendrerait également un impact positif sur la gouvernance à l’échelle mondiale.

Les Américains se sont longtemps enorgueillis de la réputation de leur pays en tant que terre d’opportunités, en tant que destination que nombre d’individus redoublent d’efforts pour gagner. La mise en œuvre d’une campagne publique d’éducation destinée à souligner les difficultés que soulèvent les inégalités pour les fondements mêmes de cette réputation pourrait constituer une première étape, par ailleurs peu risquée, en direction du renouveau de cette promesse américaine.

(Traduit de l’anglais par Martin Morel)

Copyright: Project Syndicate/Global Economic Symposium, 2013.www.project-syndicate.org


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