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Etats-Unis, pourquoi l’État fédéral est paralysé – Le Point

Le Point.fr – Publié le 01/10/2013 à 07:27 – Modifié le 01/10/2013 à 07:41

Plus de 800 000 fonctionnaires se retrouvent au chômage technique. Personne ne sait quand le Congrès va se mettre d’accord pour sortir de ce chaos.

La bonne nouvelle, c’est que Rover le petit robot va continuer à arpenter la planète Mars, l’armée américaine reste prête à contrattaquer si les Canadiens décident d’envahir les États-Unis et les pandas du zoo de Washington recevront bien leur ration quotidienne de bambou. La mauvaise, c’est que la très populaire webcam qui filme le bébé panda est désormais éteinte, plus de 800 000 fonctionnaires se retrouvent au chômage technique, le gouvernement est totalement paralysé et personne ne sait quand le Congrès va se mettre d’accord pour sortir de ce chaos. Le secrétaire de la Défense Chuck Hagel a qualifié les parlementaires “d’incroyablement irresponsables” et estimé : “Si cela continue, nous aurons un pays ingouvernable.” De l’avis des experts, c’est déjà le cas.

Dans une tentative désespérée pour retarder la réforme de la santé, les républicains ont refusé de voter le budget provisoire, ce qui a conduit à la “fermeture” des agences fédérales et à une paralysie de l’État. Ce n’est pas la première fois. En 1995, le gouvernement avait fermé pendant trois semaines. Même si les deux camps finissent par trouver un compromis, cela montre surtout que le système politique américain fonctionne de plus en plus mal depuis l’arrivée de Barack Obama au pouvoir.

La faute du système politique

Dans un livre intitulé C’est même pire que ça en a l’air : comment le système constitutionnel américain est entré en collision avec les nouvelles politiques de l’extrémisme, Thomas Mann et Norman Ornstein identifient deux raisons. D’abord, l’émergence des Tea Party, un mouvement anti-État qui a pris en otage le Parti républicain et semble prêt à tout, même à la ruine du pays, pour imposer son idéologie radicale. Les élus Tea Party s’appuient habilement sur la base ultra et les réseaux sociaux pour terroriser leurs collègues plus modérés qui, du coup, font de la surenchère pour ne pas se faire balayer au prochain scrutin. Ils bénéficient aussi de la segmentation des médias qui font caisse de résonance et de la réforme du financement des campagnes qui a permis à toutes sortes de milliardaires et de groupes de pression de déverser des sommes colossales sur les candidats, dans la plus grande opacité. “Ce Parti républicain radicalisé est maintenant prêt à utiliser tous les leviers du système constitutionnel pour occasionner des retards et des blocages”, écrivent les deux politologues.

Mais si on est arrivé à une telle impasse, c’est aussi la faute du système politique. Si un parti ne gagne pas à une très large majorité les élections dans les deux Chambres, il n’a quasiment pas de chance de faire voter la moindre réforme, car l’opposition fait de l’obstruction systématique. Au Sénat notamment, à cause des procédures, les démocrates doivent avoir souvent 60 voix, et pas 51, pour passer outre les blocages. En outre, le scrutin à la Chambre des représentants ayant lieu tous les deux ans, les élus sont constamment en campagne électorale. Or, à cause des primaires et du taux de participation très faible – moins de 40 % pour les élections de mi-mandat -, ce sont surtout les militants les plus conservateurs qui se déplacent aux urnes et font la pluie et le beau temps. D’où la droitisation croissante des élus.

“Rendre les institutions un peu moins démocratiques”

Ces dernières années, le découpage électoral a achevé d’aggraver la polarisation. Les républicains les premiers ont dessiné des circonscriptions en leur faveur qui assurent automatiquement la réélection des candidats sortants. Ces derniers n’ont donc pas à s’inquiéter de la sanction des électeurs et à modérer leurs positions, notamment sur les questions budgétaires, puisqu’ils sont sûrs de garder leur siège. Pas étonnant dans ces conditions que les cafards et les coloscopies soient plus populaires que le Congrès dans l’opinion publique, selon un sondage récent ! Le système politique américain est dans un tel marasme que de plus en plus de voix influentes appellent à des réformes. Peter Orszag, le premier directeur du budget de Barack Obama, écrivait il y a deux ans dans un journal de gauche : “Aussi radical que cela puisse paraître, nous devons empêcher la paralysie de nos institutions politiques en les rendant un peu moins démocratiques.”

Certains proposent d’allonger le mandat des représentants à quatre ans, de simplifier l’inscription sur les listes électorales, de changer la date des élections qui est un mardi, de rendre le vote obligatoire, d’augmenter le nombre d’élus au Congrès pour limiter la taille des circonscriptions et donc le coût des campagnes et de laisser à des commissions indépendantes le soin du redécoupage électoral. D’autres n’hésitent plus à remettre en question la Constitution et son système d’équilibre des pouvoirs qu’ils trouvent obsolète. Compte tenu du blocage actuel, il y a peu de chances qu’une de ses réformes voie le jour dans un avenir proche. En attendant, l’impasse budgétaire augure mal de la prochaine bataille politique, mi-octobre, sur le relèvement du plafond de la dette qui, elle, risque d’avoir des répercussions mondiales beaucoup plus graves.


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