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Gérard Leca, le principal viré avec les félicitations – L’Express

Le vendredi 20 septembre, le rectorat de Nice a fermé ses grilles et convoqué les CRS. Agglutinés sur le trottoir, une centaine d’hommes et de femmes piétinent devant les portes closes. Vêtus de costumes sombres et de robes élégantes, ils ne semblent pas particulièrement menaçants, mais plutôt heureux de prendre l’air en cette matinée ensoleillée. “Il y a du monde tout de même”, se réjouit Alain Dani, responsable local du principal syndicat des chefs d’établissement, le SNPDEN, organisateur de la manifestation. “On n’a pas vraiment l’habitude”, s’excuse-t-il en testant le son d’un mégaphone fatigué. Les drapeaux s’agitent timidement, une banderole est dépliée et accrochée à l’entrée du rectorat: “Personnel de direction en colère”. 

Quelques minutes plus tard, les bavardages cessent, les représentants syndicaux prennent la parole: “C’est la première fois qu’un rapport de l’Inspection qui donne raison à un collègue est désavoué.” Dans l’assemblée, un participant chuchote en aparté: “Ce qui est incroyable, c’est que le principal a bien fait son boulot et qu’il se fait virer!” “Si une poignée de profs grévistes fait peur à Peillon, c’est inquiétant”, renchérit un autre. 

Dès le jour de la rentrée, une partie des enseignants réclament le départ du principal.

Dès le jour de la rentrée, une partie des enseignants réclament le départ du principal.

PhotoPQR/Nice Matin

Parmi la foule, un petit homme au visage rond et au teint crayeux écoute, concentré, le discours de son syndicat. Il s’agit de Gérard Leca, le principal du collège Henri-Wallon de La Seyne-sur-Mer, suspendu depuis le vendredi 13 septembre. L’an dernier, la température est montée au sein de son établissement. Une dizaine de professeurs dénonçait ses méthodes et se plaignait de son autoritarisme. Le recteur finit par diligenter une enquête de l’Inspection générale, la police des polices de l’Education nationale. Le verdict du rapport d’une trentaine de pages remis en juillet et dont L’Express s’est procuré une copie est sans ambiguïté : il faut “continuer les actions engagées par l’actuel principal et les renforcer”.  

Pourquoi le cabinet de Vincent Peillon a-t-il fini par lâcher le fonctionnaire? Au nom de quoi, après avoir soutenu le travail effectué dans cetétablissement difficile, le ministère abandonne-t-il en cours de route une évolution positive en faveur de la réussite des élèves? Comment, enfin, une escouade de profs, minoritaires dans le collège, a-t-elle fini par avoir la peau d’un principal venu déranger leurs habitudes ? 

Les enseignants cumulards perdent une source de revenu

Volontaire pour venir diriger l’établissement situé en zone d’éducation prioritaire (ZEP), Gérard Leca y pose ses valises en septembre 2011. A 52 ans, il a derrière lui un long parcours. Auréolé de bons résultats obtenus au sein d’un autre collège du Var classé ZEP, la Marquisanne, où il a mis en place un certain nombre d’innovations pédagogiques, il débarque, plein d’ambitions, à Henri-Wallon, lanterne rouge du département. Surreprésentation de catégories socioprofessionnelles défavorisées, fort taux d’absentéisme, redoublements quatre fois supérieurs à la moyenne du Var, “Wallon, c’est le collège pourri auquel tout le monde essaie d’échapper”, témoigne un parent d’élève de cinquième. Tours miteuses aux fenêtres murées, carcasses de voitures brûlées, dans la cité Berthe édifiée dans les années1960, les bâtiments flambant neufs du collège reconstruit en 1999 tranchent avec la misère alentour. 

L'inspection générale estime qu'il faut "continuer les actions engagées par l'actuel principal"

L’inspection générale estime qu’il faut “continuer les actions engagées par l’actuel principal”

DR

Lorsqu’il arrive, Gérard Leca est agréablement surpris. L’ambiance est bonne, la grande majorité des 550 élèves est calme et polie, les sanctions disciplinaires sont plutôt rares. Grâce à son classement ZEP, le collège dispose de moyens pour améliorer les chances de réussite scolaire. Des sections d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) s’occupent de 88 élèves en difficulté par groupes de 12. Un foyer lové à l’intérieur des locaux accueille les jeunes et propose de nombreuses activités. 

Pourtant, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Gérard Leca envisage de transposer les recettes qui lui ont permis de relever le niveau à la Marquisanne. Très vite, il souhaite réorganiser les emplois du temps. Déterminés en fonction de l’organisation du foyer chargé, notamment, du soutien scolaire, ils sont parsemés d’heures de permanence. “Les journées étaient très longues et pleines d'”heures de trou””, témoigne une mère. Mais le sujet semble délicat. En réalité, plusieurs professeurs cumulent leur fonction avec une activité de soutien scolaire au foyer, qu’ils se font payer en heures sup. Au passage, Gérard Leca découvre que le directeur adjoint chargé de la Segpa saisit lui-même sur ordinateur le compte de ses propres heures supplémentaires. Au total, 174 heures lui ont été payées en 2011 au titre de réunion de coordination ou de sorties, “qui semblent pourtant relever des obligations de son service habituel”, relèvent les inspecteurs. Contacté par L’Express, le directeur adjoint de la Segpa invoque son droit de réserve. 

A peine installé, Gérard Leca constate d’autres anomalies. Lors des sorties scolaires, par exemple, les enseignants utilisent les minibus du foyer, qu’ils conduisent eux-mêmes, bafouant ainsi les textes réglementaires. Un simple rappel à la loi, dès son arrivée, provoque d’emblée une étonnante levée de boucliers. Un groupe d’enseignants, également très investis au foyer, ira même jusqu’à faire poser une question au ministre via un sénateur, concernant le texte de loi cité par le principal. Autre découverte, l’absence d’agrément du foyer, qui n’est donc pas autorisé à travailler avec le collège comme il le fait depuis des années. Si sa présence contribue de façon incontestable au bon climat du collège et, par-delà, au calme au sein de la cité, l’aide aux devoirs fournie semble maigre au regard des sommes, relativement importantes, versées par le collège. Le rapport souligne l’opacité de l’association gérante du foyer, qui “ne présente aucun bilan moral et financier au conseil d’administration du collège”. 

“La frontière est délicate entre l’autorité et l’autoritarisme”

Au cours de l’hiver 2011, la grogne monte au sein d’un petit groupe de professeurs. Les remontrances de Gérard Leca passent mal. Les changements demandés sont vécus par certains comme une véritable remise en question. Le climat se dégrade. Deux camps se créent au sein du corps enseignant. Le rapport de l’Inspection évoque des relations “délétères” avec le foyer. 

Bien d’autres irrégularités sont constatées dans le courant de la première année du nouveau principal au collège Henri-Wallon, qui, bon élève, s’applique à remettre le fonctionnement de l’établissement dans le droit chemin. Mais Leca ne prend pas de gants. D’aucuns le décrivent comme “pointilleux” quand d’autres dénoncent sa “psychorigidité”. “La frontière est délicate entre l’autorité et l’autoritarisme”, déplorent les inspecteurs, dont l’intervention sera bien trop tardive pour désamorcer la crise. “Ses actions, constatent-ils, ont suscité l’opposition d’une partie du personnel.” 

Et quelle opposition! A la rentrée 2012, la situation dégénère. En septembre, Gérard Leca décharge le foyer de l’aide aux devoirs, désormais dispensée au sein du collège. Le nouveau dispositif recueille un franc succès auprès des élèves, dont une centaine afflue chaque semaine; mais provoque la colère des enseignants cumulards, qui perdent une source de revenu. Tracts, lettres au rectorat et demandes de rendez-vous, une intersyndicale, constituée de six organisations, organise la riposte. Aucun de ces représentants n’a accepté de nous rencontrer. Leurs revendications témoignent d’un énorme malaise. 

La plupart des profs qui sont montés au créneau sont des amis du maire 

En novembre, Gérard Leca sollicite une inspection générale auprès du recteur. Refus de sa hiérarchie, qui craint l’embrasement et espère encore calmer le jeu. Face aux attaques dont il est l’objet, le principal dépose plusieurs plaintes pour diffamation ou dénonciations calomnieuses. A la fin de novembre, le maire (PS) de La Seyne-sur-Mer, Marc Vuillemot, sort du bois. Sur son blog, il appelle les autorités académiques à intervenir. Après une longue justification à propos de son interférence dans le débat, il engage à signer une pétition en faveur du foyer Wallon-Berthe. 

Maire de la deuxième ville du Var depuis 2008, Marc Vuillemot est l’un des anciens piliers du foyer, qu’il a relancé dans les années 1980. Il est aussi un ancien enseignant du collège. Toutefois, à aucun moment il ne tente de rentrer en contact avec Gérard Leca. Jamais il n’a essayé de calmer le jeu. Malgré de nombreuses sollicitations, lui non plus n’a pas souhaité répondre à L’Express. Le retrait de l’aide aux devoirs mettait-il réellement le foyer en péril ? “La plupart des profs qui sont montés au créneau sont des amis du maire”, décrypte un observateur. “Les nombreuses interventions politiques viennent compliquer l’action du chef d’établissement, tout en conférant un sentiment d’impunité chez les professeurs mobilisés pour obtenir le départ du principal”, note encore le rapport. 

“Humiliations, chantage, violences, pressions”, pour l’intersyndicale, Gérard Leca est devenu l’homme à abattre. A plusieurs reprises, certains enseignants parlent de “harcèlement moral”, mais aucun d’entre eux ne porte plainte. Leur action se limite à l’envoi de courriers et à des demandes de rendez-vous au rectorat. Inflexible, ce dernier ne cède pas et continue d’appuyer le travail effectué par le principal. 

Déni de démocratie

Le 5 février 2013, lors d’un conseil d’administration du collège, l’intersyndicale tente un coup d’éclat. Accusant Leca de “déni de démocratie”, ses représentants annoncent leur démission du conseil et dénoncent un “climat délétère au sein de l’établissement depuis dix-huit mois”. Acculé, le recteur mandate enfin un audit académique pour calmer les protestataires et tenter d’apaiser l’atmosphère. Peine perdue. La saisine de l’Inspection générale est inévitable.  

Les “boeufs-carotte” de l’Education nationale débarquent au collège à la fin du mois de mai. Pendant trois jours, ils écoutent les protagonistes, mais aussi les représentants de la mairie et du conseil général. “Changer le chef d’établissement priverait le collège d’une précieuse compétence, alors qu’il commence à obtenir les premiers résultats de réorganisations inéluctables et qui doivent être menées à terme”, concluent-ils. Pour l’intersyndicale, le coup est rude. D’autant qu’on ne sait par quel moyen le groupe est parvenu à être reçu Rue de Grenelle, le 31 mai, par Marc-Pierre Mancel, conseiller de George Pau-Langevin, ministre déléguée chargée de la Réussite éducative. “Une maladresse”, explique-t-on aujourd’hui au ministère, qui gère environ une quinzaine de dossiers de ce type chaque année. 

Gérard Leca suspendu

Mardi 3 septembre, jour de la rentrée, les petits sixième découvrent en arrivant devant les grilles une énorme banderole barrant l’entrée : “SOS Collège en danger”. Les opposants à Gérard Leca sont en grève. Ils jouent leur dernière carte. Le constat d’échec est patent. Le rectorat et la Rue de Grenelle prennent alors conscience que le maintien du principal conduit à une impasse. Quinze jours après avoir annoncé devant les enseignants et devant les caméras de France 3 le maintien de Gérard Leca, le directeur de l’académie revient au collège Wallon pour communiquer… sa suspension.  

Impuissance de la machine Education nationale à gérer la crise, pressions politiques à l’approche des municipales, pusillanimité de la hiérarchie face aux syndicats d’enseignants, les leçons de cet incroyable gâchis restent à tirer. Sonné, l’un des profs non grévistes se remémore la dernière scène du psychodrame et les paroles du directeur de l’académie : “Un nouveau principal va être nommé. M. Leca est en attente d’affectation. Il n’y aura pas de débat.” A la sortie, une enseignante agrippe le responsable pour lui parler. L’intéressé se défend: “Nous ne sommes que des fonctionnaires.” 


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