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« Great Black Music » : une mosaïque de musiques noires – Le Monde

Le Monde | 22.03.2014 à 09h53 • Mis à jour le 22.03.2014 à 11h23 | Stéphanie Binet et Véronique Mortaigne

Franco avec des amis à Kinshasa en 1965.

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Fondé en 1968, l’Art Ensemble of Chicago, formation free-jazz et politique, étend le domaine de la lutte en utilisant le terme de great black music. Son trompettiste et idéologue, Lester Bowie, était parti à la recherche de la fierté noire en parcourant la Jamaïque, île dont étaient originaires Marcus Garvey et le rastafarisme, culte au roi noir, l’Ethiopien Haïlé Sélassié. Puis, il avait débarqué en 1977 au Nigeria, où Fela Kuti inventait l’afro-beat.

ON Y ZIGZAGUE AU GRÉ DES ENTHOUSIASMES DES CONCEPTEURS

C’est ce terme de great black music qu’Emmanuel Parent et Marc Benaïche ont choisi pour l’exposition dont ils sont commissaires et qui est présentée à la Cité de la musique à Paris jusqu’au 24 août. Drôle de parcours destiné au grand public, mais proposé de manière sélective. « Great Black Music » est d’abord une exposition de plaisir, ce n’est en aucun cas la grande exposition sur les musiques noires. On y zigzague au gré des enthousiasmes des concepteurs, mélomanes avertis. Ils ont leurs idoles, qui les impressionnent, dont ils débusquent les intentions profondes et les axes de résistance.

La première salle est ainsi une galerie de portraits – Miriam Makeba, Fela Kuti, Gilberto Gil, Youssou N’Dour, Franco, mais aussi Kassav’ou Celia Cruz. De petits films biographiques, avec de nombreuses archives, sont diffusés sur des bornes : des cônes posés au sol, qui ne vont pas supporter plus de trois visiteurs en même temps… La visite aux heures creuses est recommandée. A l’aide d’un smartphone fourni à l’entrée, le chaland pourra recevoir ultérieurement sur son courriel une liste des morceaux qu’il a écoutés.

La grande vertu de « Great Black Music » est d’être débarrassée d’une vision ethnocentriste, occidentale. Dans les recherches des racines, anciennes et voyageuses (une salle consacrée aux rythmes sacrés, avec grands écrans muraux, du gnawa marocain à la santeria cubaine), dans le rappel des formes ethnographiques (une autre salle nommée « Mama Africa »), le propos est politique.

LA SURVIE DES PYGMÉES, LES MUSIQUES SOUFIS, LA MISE EN ESCLAVAGE DES BANTOUS

 Cold Crush Brothers, un groupe américain de hip-hop.

Il décrit en vidéo la survie des Pygmées, les musiques soufis, la mise en esclavage des bantous, l’influence du dictateur Sékou Touré en Guinée. Cet ensemble confus s’aborde en picorant. A mi-chemin, une longue frise historique joue les colonnes vertébrales.

Elle commence avec une citation de l’historien sénégalais Cheikh Anta Diop et suit la logique du « pharaon noir ». Des pyramides (2 500 avant J.-C.) aux « printemps arabes » de 2011, en passant par le passage à tabac de Rodney King en 1992, l’histoire est vue à travers un prisme afro-centriste, inhabituel dans les lieux institutionnels.

Dans cette usine à gaz (au sens propre : en sous-sol, une scénographie figure la circulation des musiques noires par un édifice en tuyauteries rouges), il y a des manques, évidemment. Des approximations dans les récits, des pièces rapportées – Elvis Presley, Antonio Carlos Jobim –, des genres sous-traités : le reggae, l’électro (où sont les grands DJ américains ?).

Le hip-hop n’occupe ainsi que deux écrans dans la salle dite « Global mix », en fin d’exposition. Dur pour une culture pluridisciplinaire qui en quarante ans s’est imposée dans les théâtres avec les danses hip-hop, dans l’art contemporain avec les graffitis et par sa musique.

MÉFIANCES CROISÉES ENTRE AFRICAINS DES DEUX RIVES DE L’ATLANTIQUE

Une borne (« L’Odyssée hip-hop ») propose deux montages vidéo. Le premier, Les Racines nord-américaines, raconte en 7,45 min son histoire, forcément avec des raccourcis, et jusqu’au concert de NTM en 1998 au Zénith.

Après nos grandes gueules nationales, plus rien. Le narrateur explique que le rap est « né de l’effondrement de l’espoir des idéaux de la lutte pour les droits civiques et du désespoir dû à la récession économique ». Il s’appuie sur une déclaration de Chuck D, leader de Public Enemy, dont le clip Fight the Power commençait par une critique du Mouvement des droits civiques de Martin Luther King : « La marche de 1963, c’était un peu n’importe quoi, des bêtises. On ne se laisse plus avoir comme ça. »

Mais les fêlures qui ont pu parcourir l’odyssée des musiques noires ne sont pas au menu de « Great Black Music », pas plus que les méfiances croisées entre Africains des deux rives de l’Atlantique.

Le second montage de « L’Odyssée hip-hop » propose un tour d’horizon en 8 minutes des différentes scènes rap en Afrique, du Maghreb à l’Afrique du Sud. C’est assez fourre-tout, avec un départ qui prête à confusion : les tours du quartier de Watts à Los Angeles sont montrées alors que résonne une musique du groupe anglais The Streets.

Plus loin, le public néophyte pourra découvrir des extraits de films très connus mais indispensables : Wild Style (1983), où apparaissent des mythes de la culture hip-hop tels Rock Steady Crew ou Grand Master Flash, et Beat Street (1984), tournés dans le Bronx. En tout, l’exposition offre onze heures d’archives. En combien de temps peut-on la visiter sans en perdre la substantifique moelle ?

 Lire aussi l’article : La Cité de la musique en « post-visite »


Great Black Music, Cité de la musique, 221, avenue Jean-Jaurès, Paris 19e. Tél. : 01-44-84-44-84. Jusqu’au 24 août, fermé le lundi. Entrée : 9 €. Citedelamusique.fr. Catalogue, Actes Sud/Cité de la musique, 238 p., 38 €.


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