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L’Allemagne aussi cherche son nouveau modèle – La Tribune.fr

La cause est entendue, dit-on. L’Allemagne, par ses performances économiques, aurait démontré la pertinence et la supériorité de son « modèle ». Plein emploi, excédents jumeaux (budgétaire et commercial), puissance industrielle symbolisée par la domination de sa filière automobile et le nombre de ses entreprises de taille intermédiaire (ETI) exportatrices… les résultats sont indéniables et remarquables. Un modèle fondé sur deux « recettes » très allemandes, difficilement réplicables de ce côté du Rhin : un dialogue social dynamique nourri par des syndicats puissants et la « flexi-sécurité » de son marché du travail, issue des réformes Hartz décidées par le social-démocrate libéral Gerhard Schröder qui ont préservé sa compétitivité et la puissance de son industrie.

Dimanche 22 septembre, Angela Merkel sera donc, selon toute probabilité, et sans surprise, le premier et le seul dirigeant européen à sortir vivant de la crise de 2008. Une bonne partie de sa popularité résulte de l’habileté avec laquelle la chancelière a su capitaliser sur les réformes de son prédécesseur, tout en en corrigeant un peu. Mais « Angela » par son bon sens et son pragmatisme politique, a aussi su à merveille capter les attentes de l’opinion, pour la rassurer malgré les concessions qu’elle a dû faire à la « culture de stabilité » pour colmater les brèches de la zone euro.

Même si des incertitudes demeurent sur la nature de la coalition (grande avec le SPD comme en 2005 ou bien la majorité libérale conservatrice actuelle si le FDP passe la barre des 5%) qui redonnera le pouvoir pour la troisième fois pour quatre ans à la chancelière, cette date est décisive pour tous les Européens. Elle pourrait libérer enfin le Vieux Continent d’une trop longue période de gel des grandes décisions politiques et institutionnelles qui freinent la résolution de la crise de la zone euro. On peut donc espérer que Angela Merkel réélue et renforcée par la confiance de son peuple saura faire preuve du même pragmatisme que celui qui lui a déjà permis, à plusieurs reprises, de convaincre une opinion frileuse et inquiète que le pari européen demeure le bon choix de long terme pour les Allemands.

On peut l’espérer, mais ce n’est pas garanti. Le score qui sera le plus regardé, le 22 septembre, au-delà du rapport de force entre les principaux partis, sera celui du parti anti-euro. Pour l’instant, les eurosceptiques n’ont pas su transformer en succès électoral les réticences de l’Allemand de la rue devant l’utilisation du carnet de chèque pour sauver les pays du Sud. Mais ils ont gagné une capacité de nuisance qui risque de peser sur les marges de manoeuvre politiques d’Angela Merkel.

C’est que, à bien y regarder, l’Allemagne, qui fait tant rêver les élites politiques françaises, est aussi un pays très frileux, qui doute de son avenir européen et s’interroge sur la pérennité de son modèle de croissance. Certes, l’Allemagne, homme malade de l’Europe au début des années 2000, a su faire à temps les efforts nécessaires pour renforcer sa compétitivité et s’adapter aux exigences de la mondialisation. En creusant un peu, on voit toutefois que cette doxa ordo-libérale, qui s’est imposée à l’Europe, présente des effets pervers, y compris en Allemagne : 7 millions de « mini-jobs », un taux de pauvreté de 16 % (trois points de plus que la France), et une demande intérieure comprimée par des salaires restés, en termes réels, au niveau de ceux de l’an 2000.

En réalité, le succès Allemand repose aussi sur des éléments qui n’ont rien à voir avec les réformes Hartz : un effet démographique (moins d’enfants, donc moins de dépenses publiques ; moins de tensions sur le marché du travail), la modération du prix des logements (stables sur dix ans là où ils ont été multipliés par 2,5 en France), qui a permis de maintenir des salaires bas. Un effet Réunification aussi, qui a agrandi la taille du marché intérieur, ainsi qu’une gestion habile de l’ouverture de l’Europe aux anciens pays de l’Est à bas salaires. L’Allemagne a su protéger le « made in Germany » en délocalisant moins que la France et en protégeant l’emploi, y compris pendant les heures sombres de la Grande Récession de 2008-2009.

Notre chance, pour rééquilibrer la politique européenne, c’est que cette même Allemagne, si implacable avec les pays sous programme d’aide, veut désormais tirer les fruits des efforts énormes consentis pour faire du pays l’un des gagnants de la compétition mondiale. Mais ne rêvons pas à un grand soir de la relance allemande. Au faîte de sa puissance, l’Allemagne a bien conscience qu’elle doit désormais résoudre ses propres faiblesses : la démographie est devenue une obsession outre-Rhin, au point que Angela Merkel copierait bien notre politique familiale pourtant très coûteuse ! Dans un article publié par le New York Times, l’économiste américain Paul Krugman prédit même que la France, grâce au baby-boom des années 1990-2000 est bien positionnée pour devenir l’économie star des années 2030-2050. Un danger que l’Allemagne industrieuse tente de corriger en accentuant le recours à l’immigration pour résoudre son manque de main d’œuvre. L’Allemagne des années 2010-2020 a aussi une énorme soif d’énergie. Or, la brutalité de la transition vers les énergies renouvelables (arrêt de la dernière centrale nucléaire en principe en 2022) pousse les prix de l’électricité à la hausse, ce qui pèse sur la compétitivité et commence à affoler les industriels outre-Rhin. Même avec un part du nucléaire ramenée à 50% en 2025, comme l’envisage François Hollande, la France apparaît sur ce terrain aussi mieux placée que son puissant voisin.

Alors qu’elle célébrera l’an prochain les 25 ans de la chute du Mur de Berlin, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre pour l’Allemagne. Le modèle qui a fait sa réussite depuis dix ans est-il encore pertinent pour préparer les années 2020 et au-delà ? Ce n’est si sûr. L’Allemagne a, comme la France, des choix cruciaux à faire pour maintenir sa compétitivité et sa capacité d’innovation, à l’heure où son principal client, la Chine, change aussi de régime de croissance. L’Allemagne sait que ce qui lui a formidablement réussi, la forte spécialisation de l’industrie et la qualité du made in Germany, ne sera pas forcément adapté à l’heure de la mondialisation 2.0. Si la Chine ralentit, ou fabrique elle-même les machines-outil que lui a vendu l’Allemagne pour développer l’usine du monde, le géant européen devra trouver d’autres sources de croissance pour assurer sa prospérité. Et une question, absente de la campagne électorale, demeure posée : que lui apporte encore l’Europe, à l’heure où les trois quarts de son excédent commercial viennent désormais de l’extérieur de la zone euro (c’était strictement l’inverse il y a dix ans…) ? Des réponses qu’elle apportera à ces défis dépend notre destin commun. Ce sera le défi des années Merkel III.


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