07222017Headline:
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Masculin à Orsay : des fesses, sinon rien – Blog Le Monde (Blog)

Jean Delville, L’école de Platon, 1900, 260x605cm

L’exposition sur le nu masculin, au Musée d’Orsay (jusqu’au 2 février) aurait pu être l’occasion d’un regard critique et éduqué sur le genre, ses stéréotypes et sa déconstruction, une interrogation sur la place du corps masculin dans l’imaginaire et dans l’histoire (comme ici, par exemple). Or, c’est, pour l’essentiel, un étalage de nudités, des vieux et des jeunes, voire des très jeunes, des héros, des classiques, des virils et des androgynes, des vecteurs à fantasmes bien épilés et des velus réalistes, et une collection de lisses fessiers. Certes le nu n’est pas la nudité, certes Adam vint avant Ève, certes l’histoire de la pudeur et de l’impudeur sont intéressantes (et, certes, les expositions transversales peuvent être passionnantes). Mais peut-on imaginer une seconde une exposition sur le nu féminin qui oserait être aussi plate, qui réduirait autant le corps à un objet, qui questionnerait aussi peu la représentation ? Et si elle avait lieu, on peut imaginer les cris, les pétitions, les billets vengeurs dans Le Beau Vice, et les Chiennes de garde ou les Barbes débarquant en force (elles pourraient le faire, d’ailleurs : sur 180 oeuvres, cinq seulement d’artistes femmes – Nan Goldin, Imogen Cunningham, Orlan, Zoe Leonard et, ci-dessous, Louise Bourgeois. Le regard féminin sur le nu masculin n’intéresse sans doute guère le commissaire). Il n’y aura sans doute rien de tel à Orsay : deux poids, deux mesures, le masculinisme a mauvaise presse. Ci-dessus un tableau fort ambigu de Jean Delville, un Platon très christique et des disciples très aguicheurs.

Wilhelm von Glöden, Cain, Taormina, Scilia, 1911, Westlicht Vienne, 39x29cm

Ci-dessus, une beauté pédérastique de von Glöden, inspiré par l’icône de Flandrin. Ce choix fade d’une exposition sur la représentation lisse plutôt que sur la problématique complexe est-il imputable à l’éminent commissaire de l’exposition ? (la version viennoise était-elle identique ? en tout cas, elle fut plus animée). Il a en tout cas sûrement beaucoup plu à des sponsors très ciblés : Têtu, Slendertone (“la beauté musclée”), Smalto, Devred 1902, Harley-Davidson (présentation des nouveaux modèles au Musée…),etc.

Antonin Mercié, David, v1872, bronze, H184, 76x83cm

L’exposition s’articule en dix sections (et chacune ou presque comprend un Pierre et Gilles, de loin les artistes les plus représentés, sept fois, ça donne le ton…) : l’idéal classique (un peu de sérieux pour commencer), le nu héroïque, les dieux du stade (mais pas trace d’art populaire ici), Nuda Veritas, sans complaisance (tout le monde n’est pas un éphèbe musclé), Im Natur (mais rien sur le naturisme, les Wandervogel ou Monte Verità), dans la douleur (qui se trouve être la section avec les oeuvres les plus fortes), le corps glorieux, la tentation du mâle (avec un petit écriteau pour âmes sensibles, mais sans interdiction aux moins de 18 ans; par contre plus de la moitié des films le sont) et, pour finir en apothéose, l’objet du désir ! De l’absolue dominance du prétexte érotique… Ci-dessus le David, d’Antonin Mercié, à peine pubère, dans les galeries du Musée.

Arno Breker, La vie active, 1939, plâtre platiné et doré, H240, 127x53cm

Ci-dessus La vie active, d’Arno Breker, sculpteur maudit. Alors, il faut prendre l’exposition comme elle est, s’intéresser à l’étude de nu classique, comprendre que bien des peintres et sculpteurs commençaient par travailler le corps nu avant de l’habiller ensuite (ainsi le Balzac de Rodin), savoir que longtemps les modèles féminins furent interdits, analyser le moment où le pénis fut enfin montré (mais c’est faire peu de cas des Phallophanies), être “scientifique”, et … faire un palmarès.

Louise Bourgeois, Arch of hysteria, 1993,bronze, patine polie, Easton Foundation, 84x101x58cm

La plus belle pièce à mes yeux va justement au delà de la simple corporalité (et est totalement dénuée du moindre érotisme scopique) : c’est, dans une alcôve, ce corps tendu, suspendu, acéphale et douloureux, que Louise Bourgeois a nommé Arch of Hysteria. Depuis Charcot, tout un chacun savait que l’hystérie était féminine puisque utérine, et, d’un coup, d’un seul, Bourgeois met nos certitudes par terre. Elle est bien la seule dans toute l’exposition… Cet Arc, ce cercle presque parfait, ce corps anonyme refermé sur lui-même, cette contraction musculaire tétanique, cette patine reflétant la lumière et déformant l’image des spectateurs à sa surface forment l’impression la plus forte de toute la visite.

David LaChapelle, Would-be Martyr and 72 Virgins, 2008, 119x305cm

La pire pièce à mes yeux, d’ailleurs dans la même salle (“Dans la douleur”), est non seulement aux antipodes du style et de la position artistique que j’aime, mais de plus elle frise l’islamophobie : David LaChapelle a parodié Gulliver pour montrer un aspirant martyr (nu, bien sûr) ligoté et soumis au désir des 72 vierges que, bien évidemment, tout martyr aura à sa disposition au paradis. Le style sirupeux et le propos imbécile vont de pair… Ceci dit, ces poupées sont quasiment les seules femmes de l’exposition (avec une chaste Médée près du Jason de Gustave Moreau et une jeune fille amoureuse dans Le printemps de Ferdinand Hodler).

Henri Foucault, Homme en noir, 2008

Pour ne pas finir sur cette note désespérante, voici l’Homme en noir d’Henri Foucault, une composition lumineuse de photogrammes et de cristaux, entre photographie et sculpture, superbe ! Et le reflet m’a capturé…

Photos des oeuvres de Bourgeois et Foucault par l’auteur. Jean Delville,  Arno Breker, Louise Bourgeois et Henri Foucault étant représentés par l’ADAGP, les reproductions de leurs oeuvres seront ôtées du blog à la fin de l’exposition.

Vous en une lignePortant lunettes rouges et aimant visiter des expos, découvrir des artistes et échanger. Dès que je peux, je visite musées et galeries, à Paris ou au hasard de mes voyages. Certains billets sont désormais traduits en anglais ici. Quelques billets ont été traduits en italien. Biographie de Marc Lenot Dès que je peux, je visite musées et galeries, à Paris ou au hasard de mes voyages. Lunettes Rouges est un pseudonyme (assez révélateur). Je suis un amateur, pas un professionnel et je ne suis pas LE critique d’art du Monde. N’étant ni artiste, ni galeriste, mais simple collectionneur éclectique, je souhaite partager librement mes découvertes, mes intérêts, mes coups de cœur. Mes points de vue sont subjectifs, et j’apprécie toute invitation à d’autres regards et d’autres découvertes. Pour info, le tableau sur la photo est de Art Keller, et la photo est de ma fille, Sophie Lenot. Les photos et vidéos publiées sur ce site sont en principe publiques. Si vous êtes l’ayant-droit d’une de ces photos, merci de me l’indiquer par mail, et je me mettrai en conformité avec vos exigences dès réception de votre message, comme je le fais déjà pour l’ADAGP. Ce site n’est pas à but lucratif; les maigres revenus de publicité reversés par LeMonde.fr couvrent chaque mois l’achat de quelques catalogues (et je les achète assez systématiquement, en nombre bien supérieur). Mon adresse e-mail est : lunettes point rouges arrobase wanadoo point fr. Centres d’intérêt art, art moderne, art contemporain, photographie, expositions, musées, artistes


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