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Olivier Py se trompe – Le Monde

Le Monde | 28.03.2014 à 11h46 • Mis à jour le 29.03.2014 à 08h13 | Par

Le directeur du Festival d'Avignon, Olivier Py, lors de la conférence de presse de l'édition 2014 à Avignon, le 20 mars 2014.

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Lire aussi : Si le FN passe à Avignon, le Festival « partir[a] », selon son directeur

Le réflexe Py est typique d’une incompréhension abyssale entre une partie des élites culturelles et l’opinion. Si le FN arrive, je pars, dit-il. Alors que, au contraire, ce scénario devrait l’obliger à rester. Sa mission, puisqu’il est porté par l’argent public, est en effet de jouer de son talent pour sensibiliser ceux qui ne pensent pas comme lui. Et de ne pas abandonner les quelque 70 % qui n’ont pas voté FN, quand bien même ils habitent dans la mauvaise ville.

Le paradoxe est qu’Olivier Py imagine des pièces qu’il veut pour tous. Louable quand on sait que le théâtre est de moins en moins populaire et touche de moins en moins les gens défavorisés, comme si le rêve réalisé de Jean Vilar, le fondateur d’Avignon, s’évanouissait. C’est aussi vrai du livre ou des expositions. Mais, avec cette attitude du « restons entre nous » ou du « vous ne méritez pas », Py creuse un peu plus le fossé et donne des armes à ceux qui dénoncent une culture d’Etat, élitiste, tenue par une caste et destinée à une minorité, une culture qui mépriserait ceux qui ne la comprennent pas.

Des acteurs culturels d’Avignon ont dit au contraire qu’ils resteront pour « se battre ». La ministre de la culture, Aurélie Filippetti, les a soutenus : « Nous serons vigilants et intraitables vis-à-vis du FN. » Combat perdu d’avance, leur a rétorqué Alain Timar, directeur du Théâtre des Halles : « Mes valises sont prêtes », a-t-il confié, allant dans le sens d’Olivier Py.

Quand il est question du FN, les mots des acteurs culturels sont guerriers : bataille, résistance… Il faut les comprendre. Ils citent souvent les précédents des quatre villes du Sud conquises par le FN dans les années 1990 : Vitrolles, Toulon, Marignane et Orange. Le Monde avait publié deux longues enquêtes, les 8 février et 18 octobre 1997, prolongées par une autre dans Mediapart en 2012. Il y est plus question de censure que de politique culturelle, à travers des tas d’exemples : associations asphyxiées, subventions supprimées, lieux fermés, responsables écartés, Festivals attaqués, livres censurés…

A Toulon, des écrivains d’extrême droite ont été invités à la Fête du livre, rebaptisée Fête de la liberté du livre. Le maire (de 1991 à 2001) Jean-Marie Le Chevallier a surtout mené une bataille terrible contre le fondateur du centre national de danse à Châteauvallon, Gérard Paquet, qui lui a fait l’affront de refuser sa subvention. Résultat ? Paquet viré.

Lire aussi le reportage : Le PS cherche une prise contre le FN à Avignon

« MUSIQUE DE DÉGÉNÉRÉS »

A Vitrolles, Catherine Mégret, maire de 1997 à 2002, a coupé les vivres du bar musical Le Sous-Marin et en a fait murer l’entrée. On y jouait du rap, qualifié par l’élue de « musique de dégénérés, développant les mauvais instincts de la jeunesse ». Marignane est fortement intervenu sur sa bibliothèque : suppression d’abonnements à Libération ou à La Marseillaise (communiste) pour les remplacer par des revues ou livres d’extrême droite. A Orange, le maire Jacques Bompard – il est toujours en place mais plus sous l’étiquette FN – s’en est pris aux Chorégies et au centre culturel Mosaïques, qualifié de « structure malodorante dont il faut se débarrasser ».

Sinon, le truc des villes FN, c’était de changer le nom des rues et places. A Vitrolles, la place Nelson-Mandela est devenue place de Provence. L’avenue Jean-Marie-Tjibaou (leader kanak) est devenue Jean-Pierre-Stirbois (responsable du FN), l’avenue Salvador-Allende est devenue Mère-Teresa.

Aujourd’hui, le FN jure qu’il a changé. Qu’un maire sera d’abord gestionnaire. Ces polémiques « appartiennent au passé », a confié Philippe Lottiaux au Monde. Même discours pour l’adjoint à la culture d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), gagné par le FN dès le premier tour : « Il n’y aura aucune chasse aux sorcières ! »

Est-ce vrai ? Des politologues ne voient plus le FN mener de telles ingérences dans la vie culturelle des villes. Reste cette hostilité ancienne du FN au monde culturel, qui le lui rend bien. Il y a aussi de profondes oppositions esthétiques. Et puis des indices peuvent inquiéter, recensés par notre confrère Frédéric Joignot, dans le cahier « Culture & idées » du 22 mars, titré « La culture touche le Front ». A Reims, Jean-Claude Philipot, directeur de campagne du candidat FN, qualifiait en 2013 le Fonds régional d’art contemporain de Champagne-Ardenne d’« écrin pour de la merde ». A La Roche-sur-Yon, la candidate FN, Brigitte Neveux, désignait les danseurs nus de Tragédie, du Canadien Olivier Dubois, de « totalement décadents ». A Lyon, Christophe Boudot décrivait la Fête des lumières, dans le journal d’extrême droite Présent, en novembre 2013 : « Ce n’est plus la fête de Marie ni de l’Immaculée Conception, c’est la “Fête des lumières” de Gérard Collomb qui gère la ville avec ses réseaux francs-maçons. »

Bon, disons que c’est mal parti… Mais ce n’est pas une raison pour Olivier Py d’abdiquer.

guerrin@lemonde.fr

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Le directeur du Festival d'Avignon, Olivier Py, lors de la conférence de presse de l'édition 2014 à Avignon, le 20 mars 2014.

Olivier Py se trompe

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