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Primaire PS à Marseille : Ghali en tête du scrutin et des contestations – Le Nouvel Observateur

“Je vais continuer à me battre contre ce système que j’ai vu en œuvre depuis ce matin [dimanche 13 octobre, NDLR].” Défaite, Marie-Arlette Carlotti ne rend pas les armes. Les Marseillais l’ont écartée de la course à la mairie dès le premier tour de la primaire socialiste, elle se retrouve contrainte de soutenir son meilleur ennemi Patrick Mennucci, mais qu’importe !

Ce dimanche soir, la ministre est persuadée qu’il faut plus que jamais annihiler ces “forces” qui l’ont fait chuter. Dès avant l’annonce des résultats, celle qui était jusqu’alors la favorite du scrutin dégainait déjà un communiqué rageur :

Comme tout le monde a pu le constater, nous avons assisté au cours de cette journée à un fonctionnement à plein régime du clientélisme. Personne n’avait vu jusqu’à présent ce système fonctionner avec une telle puissance, avec un tel sentiment d’impunité, à la vue de tous, avec des dizaines de minibus qui sillonnent la ville, avec des échanges d’argent, des intimidations, le tout avec une organisation que je qualifierai de paramilitaire.”

Les mots claquent, au point de faire oublier parfois qu’ils ont un sens. Carlotti, qui a appelé durant toute la campagne à en finir définitivement avec le “système Guérini”, considère non seulement qu’il perdure sous les traits de la grande gagnante de la soirée, Samia Ghali, mais qu’en plus il n’a donc jamais encore “fonctionné avec une telle puissance”…

“Ghali fait venir les votants par minibus !”

Il faut dire que les accusations avaient commencé à fuser dès le milieu de la matinée. “Ghali fait venir les votants par minibus !”, martèlent alors ses proches à qui veut l’entendre. De fait, les allers et venues de gros véhicules noirs de location ne passent pas inaperçus dans les bureaux de vote du 15e arrondissement, au milieu des quartiers nord de Marseille qui lui sont acquis.

Mais ces grandes manœuvres sont assumées par l’équipe de la sénatrice. Mieux, elles sont défendues par les représentants de haute autorité chargée de veiller au bon déroulement de la primaire. “Elles existent également lors d’élections républicaines”, avance Jean-Pierre Mignard, son président.

Reste à intégrer leur coût au compte de campagne de la candidate. Qui devra alors en révéler le nombre exact. “Deux, c’est tout”, jure son équipe. “On a vu au moins dix mini-bus”, assure l’entourage de Carlotti.

La meilleure défense demeurant, en politique plus qu’ailleurs, l’attaque, Ghali assure que des deux, elle est la seule victime. Une victime d’un listing erroné “comme par hasard”, selon un proche, précisément dans ce même arrondissement. De 11 heures à 16 heures, les électeurs de l’un des six bureaux de vote ont été empêchés de glisser leur bulletin dans l’urne, le temps de comprendre pourquoi les dates de naissance ne correspondaient pas aux identités des inscrits.

L’erreur, “purement technique” aux dires d’une haute autorité décidément très magnanime, a été réparée. Et les 243 électeurs, qui s’étaient présentés dans ce laps de temps, invités à revenir. Pour les y inciter, l’heure de fermeture de ce bureau, comme de tous les autres mécaniquement, a ainsi été retardée d’une heure.

“Un individu a donné une pièce de 1 euro à un votant”

Un partout, balle au centre ? Le croire serait illusoire. Les Marseillais aiment aussi les jeux de mains, les jeux de vilains. Toujours dans les bureaux du XVème arrondissement, qui ont cristallisé tous les mécontentements, “l’ambiance n’a eu de cesse de se tendre”, témoigne un représentant de la haute autorité appelé “en renfort” à midi.

“Ce n’était pas un climat sain, poursuit-il. Les gens arrivaient, regardaient les autres voter, partaient, puis revenaient…” Un assesseur pro-Mennuccci, lui, assure avoir vu “une équipe de basket venir avant un match sans même savoir quoi faire”. Quant à un président d’un bureau de vote, mais aussi partisan de Carlotti, il a montré au “Nouvel Observateur” un procès-verbal sur lequel a été consigné une des nombreuses irrégularités alléguées :

A 17h50, un individu a donné une pièce de 1 euro à un votant dans le bureau de vote. Il a ensuite montré le bulletin de S. Ghali au votant, qui a pris uniquement ce bulletin et une enveloppe, sans passer par l’isoloir. Voyant qu’il avait manqué de discrétion, l’individu qui a distribué de l’argent dans le bureau de vote est sorti.”

De quoi largement faire respecter la promesse en forme de menace adressée dans la soirée par Carlotti à Ghali : “Je déposerai un dossier devant la haute autorité. Je vais continuer à me battre.”

Julien Martin, envoyé spécial à Marseille – Le Nouvel Observateur


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