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Triche et châtiment : de la justice dans le football – Blog Le Monde (Blog)

La semaine passée, Mario Balotelli a défrayé la chronique en obtenant, dans les dernières minutes du match AC Milan-Celtic Glasgow, un penalty plutôt rocambolesque qui a permis à son équipe d’obtenir le match nul. Le prodige italien a en effet réussi à faire faute sur son vis-à-vis, tout en simulant une faute sur lui-même et donc en abusant l’arbitre. Quelques jours auparavant, le défenseur madrilène Pepe avait réussi une prise de judo analogue, avec la même réussite. À nous autres, ces deux gestes ont rappelé celui de Johan Micoud en 2008 avec Bordeaux, qui déjà avait soulevé la question des sanctions rétroactives lorsque qu’une tricherie non seulement échappe à l’arbitre, mais de surcroît lui fait prendre la mauvaise décision.

COUPS DE VICE LÉGENDAIRES

D’un point de vue cynique, ou fataliste, ou encore “anti-angéliste”, les tricheries font partie du jeu, et elles émaillent son histoire de quelques hauts-faits qui font sa légende, parmi lesquels on cite immanquablement la main de Maradona face à l’Angleterre lors de la Coupe du monde 1986. Dans un sport aussi aléatoire, les rencontres basculent souvent sur des détails – et donc, possiblement, sur des coups de vice – sans rendre la justice d’une victoire au plus fort et encore moins au plus méritant.

Ainsi, le football est-il loin d’être toujours moral, il héberge voire chérit des truqueurs emblématiques, et certaines injustices, aussi cruelles soient-elles, participent aussi à lui donner sa saveur. Les exemples pullulent: l’expulsion de Laurent Blanc après une simulation de Slaven Bilic qui le prive de la finale de Coupe du monde 1998, l’agression impunie d’Harald Schumacher sur Patrick Battiston en 1982, la main de Vata qui élimine l’OM en demi-finale de la C1 1990, celle de Thierry Henry contre l’Irlande qui contribue à priver l’Irlande d’un qualification au Mondial 2010. Le paradoxe est bien que ces épisodes sont restés dans les mémoires et ont alimenté la passion pour le ballon rond. Ils ont même, en définitive, été suivis de formes de justice immanente ou de réparations du destin, certes imparfaites: France-Allemagne 1982 est un des matches les plus sublimes de l’histoire, l’OM a remporté la Ligue des champions trois ans plus tard, la suspension de Laurent Blanc lui a moins nui qu’à Bilic, et l’équipe de France 2010 a été punie d’un désastre en Afrique du Sud.

À TRICHER SANS PÉRIL, ON VOLE SANS GLOIRE

Vouloir éradiquer le vice du football est donc profondément illusoire, et c’est même une mauvaise idée que de l’imaginer pur de toute tricherie [1]. Mais pour que le hold-up ait quelque panache, pour que ces ruses aient un sens, encore faut-il qu’elles relèvent de la prouesse, qu’elles aient été commises avec quelque virtuosité, qu’elles aient vaincu une véritable adversité. À tricher sans péril, on vole sans gloire. Dans le même ordre d’idée, ce qui fait leur “valeur” est qu’elles restent rares: si elles devaient se multiplier et devenir la règle, elles finiraient évidemment par dégoûter les amateurs, par dissoudre l’idée de mérite sportif. Trop de trucages tue le trucage.

Aussi n’est-ce pas prôner une vision puritaine ou répressive que d’en appeler à des sanctions rétroactives, pour les plus éhontées de ces tricheries, sur la foi des images quand elles sont absolument probantes (et uniquement dans ces cas-là), afin qu’elles ne restent pas totalement impunies. C’est cette politique de dissuasion qui a toujours fait défaut, faisant le lit d’une tolérance excessive. Lors de la Coupe du monde 2002, Rivaldo avait écopé d’une simple amende après avoir obtenu l’expulsion d’un joueur turc en simulant une blessure à la tête, quand le ballon était arrivé sur sa cuisse. Le Nage Waza de Johan Micoud ne lui avait valu qu’un match de suspension et en Ligue 1 la “jurisprudence Fiorèse” [2] était restée sans lendemain. Pepe et Balotelli ne risquent rien, sinon les félicitations de la fédération internationale de lutte. La triche rapporte encore trop gros.

LE RISQUE D’Y PERDRE

On objectera qu’il n’y a pas de raison d’inventer des sanctions qui n’existent pas dans le règlement? L’argument n’est pas infondé, mais il s’agit là de corriger une absence de sanction légitime, quand l’arbitre a été abusé – lui que par ailleurs on chargera de la faute plus volontiers que le tricheur. On objectera aussi que la sanction ne doit pas être proportionnelle à ses conséquences ni relative à l’intention du joueur, lorsqu’elle a une influence déterminante sur le résultat? Pourtant, un tacle dangereux peut valoir un carton rouge à son auteur même s’il ne touche pas sa cible, ou au contraire une expulsion tardive lorsque l’arbitre constate une blessure. L’expulsion peut être alourdie ensuite d’une suspension prolongée si la victime subit une indisponibilité prolongée… [3]. Rien n’empêche d’étendre ce principe aux actes d’antijeu que sont les tricheries par simulation, voire aux attitudes de joueurs qui viennent hurler sous le nez de l’arbitre même quand leur faute est incontestable: dans tous les cas, une volonté aussi grossière de tromper l’arbitre mérite sanction. Jouer à ça, il faut que ce soit aussi prendre le risque de perdre.

Sans recourir à des solutions aux conséquences aussi brutales et peu maîtrisables que l’arbitrage vidéo, sans évidemment remettre en cause le résultat des matches, des suspensions décidées rétroactivement aurait vite un effet dissuasif sur les joueurs, invités à mesurer les conséquences de leurs filouteries et donc le prix du “sacrifice” à effectuer. Il restera toujours une marge pour les mystifications, certaines pourront encore rejoindre la légende [4], mais elles deviendront plus périlleuses: les amateurs de coups de vice ne les apprécieront que mieux.

Le sujet est évidemment sujet à controverse. Il est ici question de morale et de justice, et chacun en a une conception propre, surtout s’il s’agit de l’appliquer au football – c’est-à-dire à un domaine où le consensus est rare, et où il n’est pas indispensable: les règles, leur application et leurs détournements sont là pour alimenter les désaccords. Ce point de vue y a probablement contribué.

[1] Cette illusion anime bien des partisans de l’arbitrage vidéo, qui croient en la justice objective des images.
[2] Trois matches de suspension pour deux chutes dans la surface bordelaise (et deux penalties obtenus) en décembre 2002.
[3] Ce fut le cas en mars dernier pour le tacle de Valentin Eysseric sur Jérémy Clément (fracture ouverte), le premier ayant été condamné à onze matches de suspension.
[4] Parmi les mystifications mondialement célèbres, impossible d’ignorer celle de Luis Suarez avec l’Uruguay en quart de finale de la Coupe du monde contre le Ghana, qui constitue toutefois un cas spécial. Dans les dernières minutes de jeu, l’attaquant avait arrêté de la main un ballon qui allait rentrer dans la cage. Sanctionné d’un carton rouge et d’un penalty que les Ghanéens avaient raté, l’action avait permis à la Celeste de se qualifier ultérieurement à l’issue de la séance de tirs au but. L’injustice était patente, mais elle ne résultait pas d’un défaut d’arbitrage, ni d’une absence de sanction: Asamoah Gyan a manqué la réparation offerte, et Luis Suarez allait être privé de la demi-finale… À l’inverse, Thierry Henry avait échappé à toute sanction (mais pas à une opprobre poussée jusqu’au délire).


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