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Tunisie : « Il est trop tôt pour parler de réussite » – Le Monde

Le Monde | 14.01.2014 à 16h56 • Mis à jour le 14.01.2014 à 17h17 | Par

Des Tunisiens brandissent le drapeau national lors du troisième anniversaire de la fuite de l'ancien président Zinedine El-Abidine Ben Ali, le 14 janvier 2014 sur l'avenue Habib-Bourguiba, à Tunis.

Brico : Cette célébration des trois ans se fait dans quelle ambiance à Tunis ?

Dans une ambiance plutôt calme. Les Tunisiens et Tunisiennes ont commencé à se rassembler sur l’avenue Habib-Bourguiba, dans le centre de Tunis. Mais comme c’est désormais la règle, chacun le fait en ordre dispersé, les militants du parti islamiste Ennahda d’un côté, ceux de l’opposition, du parti Nidaa Tounes, du Front populaire ou d’Al-Massar de l’autre. Il n’y a pas d’unité.

Cette troisième célébration se fait aussi en présence d’un très fort déploiement policier. Et cette année, à nouveau, des hélicoptères survolent le centre de Tunis. Comme en 2011. Tout cela se fait dans un contexte un peu particulier, puisque ce moment correspond aussi au départ des islamistes du gouvernement qu’ils dirigeaient depuis les élections du 23 octobre 2011.

Lire l’interview du chef d’Ennahda : Rached Ghannouchi : « Nous avons quitté le pouvoir par choix éthique »

N. : Le départ d’Ennahda n’est-il pas le signe que la Tunisie est sur le point de réussir sa transition démocratique ?

Il est trop tôt pour parler de réussite, car ce départ se fait quand même dans un contexte très tendu. Mais indéniablement, la Tunisie se distingue des autres pays arabes, qui ont plongé dans la répression, le désordre ou la guerre. En Tunisie, malgré tout, on continue à se parler !

Sergio : La Tunisie espérait boucler le dossier de la nouvelle Constitution à l’occasion de cet anniversaire. L’objectif est-il encore tenable ?

Non, la Constitution ne sera pas achevée ce 14 janvier, comme beaucoup l’espéraient. Les députés se réunissent à nouveau cet après-midi, donc on peut penser qu’elle le sera d’ici à quelques jours. Mais hier, la séance a été particulièrement houleuse et les débats, plutôt vifs, sur l’indépendance de la justice et l’organisation des pouvoirs.

Amin Karker : Le résultat des votes de certains articles de la Constitution, vote qui a lieu actuellement, a permis de montrer que cette séparation islamiste/opposition laïque n’est pas aussi tranchée et simple que cela. Pourquoi la France n’arrive t-elle pas à faire évoluer sa vision de la société et de la classe politique tunisienne quand ses voisins y arrivent mieux (notamment l’Allemagne ou la Grande-Bretagne) ?

Le clivage islamistes-laïcs existe, même s’il est contenu dans des proportions raisonnables. Il soulève beaucoup de débats et beaucoup de tensions. Dans ce contexte, les Occidentaux observent la situation, mais pour ce que j’ai pu observer, ces derniers sont plutôt sur la même ligne : il faut soutenir la Tunisie, car c’est le dernier pays du « printemps arabe » à pouvoir encore réussir sa transition démocratique. De ce point de vue, je ne vois pas de différence entre l’Allemagne et la France, par exemple.

Helmi : Que pensez vous de la nouvelle Constitution tunisienne ?

Cette Constitution, qui est encore en cours d’adoption, marque des avancées incontestables, comme la liberté de conscience ou l’égalité entre citoyens et citoyennes. La parité dans les futures instances élues a même été adoptée. Mais il reste encore des points délicats à aborder. Et surtout, chacun sait que même avec la plus belle Constitution, tout dépendra de la suite et du respect par les futurs gouvernants de ce texte. Ce n’est qu’une étape, importante certes, mais pas unique.

Lire aussi : Dans sa nouvelle Constitution, la Tunisie tourne le dos à la charia

N. : A propos de la situation politique en Tunisie, n’y a-t-il pas un décalage entre la vision pessimiste des médias français et les avancées réelles depuis trois ans ? La relative stabilité de la période de transition ne devrait-elle pas être saluée ?

Il ne faut pas oublier les moments difficiles que vient de traverser la Tunisie, avec l’émergence sur le devant de la scène de groupes salafistes violents, l’assassinat politique d’un élu et d’un responsable de l’opposition. En Tunisie, les médias sont bien plus alarmistes que les étrangers, et chacun reconnaît aujourd’hui que malgré tout, la Tunisie avance.

Seif : Que peut-on penser des interventions et des influences occidentales dans les choix des acteurs politiques de la Tunisie (ambassadeurs américains, européens, qatariens, etc.) ? Peut-on réellement parler de souveraineté du peuple tunisien aujourd’hui ? Ou l’ingérence de certaines puissances est-elle un mythe nourri à des fins électoralistes ?

Compte tenu des difficultés économiques réelles qui se sont aggravées aujourd’hui en Tunisie, le pays a accru sa dépendance vis-à-vis des bailleurs internationaux. Les prêts financiers occidentaux étaient conditionnés à une sortie de crise avec le respect du dialogue national qui s’est conclue par la démission du parti islamiste Ennahda du gouvernement et son remplacement par un premier ministre sans étiquette partisane connue et une équipe censée être neutre jusqu’aux prochaines élections. Dont on ne connaît pas encore la date.

A ce titre, les Occidentaux ont été particulièrement attentifs à la nomination du nouveau premier ministre, Mehdi Jomâa. Ce dernier ne dispose plus que de quelques jours pour présenter son gouvernement.

Utilisateur : Quelle est la position de la France par rapport à ce qui se passe en Tunisie ?

Par le passé, la France a donné le sentiment qu’elle soutenait l’ancien régime de Ben Ali. Elle est donc vigilante aujourd’hui à ne pas apparaître sur le devant de la scène. Mais comme tous les autres pays occidentaux, elle est très attentive à ce qu’il se passe en Tunisie. Et peut-être un peu plus que les autres compte tenu des liens économiques, culturels et humains qui unissent ces deux pays depuis longtemps.

A.H : Que pensez-vous des récentes déclarations du président Marzouki concernant « l’ingérence de pays arabes » ?

Il est exact que le président Moncef Marzouki a fait part, notamment dans « Le Monde », de sa préoccupation vis-à-vis de ce qu’il a appelé « un veto de puissances arabes qui ne souhaitent pas voir le processus démocratique réussir en Tunisie ». Il ne l’a pas dit précisément, mais il visait évidemment l’Arabie saoudite et les pays du Golfe qui ont ces derniers temps coupé les sources financières à la Tunisie.

Visiteur : Quels sont ou quels pourraient être le rôle et surtout les intérêts du Qatar en Tunisie ?

Le Qatar a joué un rôle important auprès des Frères musulmans dans les révolutions arabes. Il semble aujourd’hui un peu plus en retrait et plus sur la défensive notamment compte tenu de la riposte saoudienne.

Visiteur : Pensez-vous que malgré toutes les crises et les maladresses du parti islamiste, il reste le parti le plus fort et qui peut gagner les prochaines élections?

A. A. : Pensez-vous que la sortie d’Ennahda du pouvoir va lui permettre de regagner le capital électoral qu’il a largement entamé durant ces deux années au pouvoir ? Si oui, jusqu’à quel point ?

Une nouvelle campagne commence dès aujourd’hui entre ceux qui étaient au pouvoir jusqu’ici et l’opposition. Parti sous la contrainte, et la pression de l’opposition, le parti Ennahda est en train de tourner à son avantage sa démission du gouvernement : il fait la preuve qu’il respecte les accords, qu’il ne s’accroche pas au pouvoir, et il a fait des concessions importantes sur la Constitution. Tout cela lui donne des atouts pour repartir à la conquête d’un électorat déçu par sa gestion, au point où on peut se demander si l’opposition ne lui a pas fait un joli cadeau en lui permettant de se retirer plusieurs mois avant les prochaines échéances électorales et ainsi de se ressourcer ! Il est incontestable aussi que même affaibli par la gestion du pays depuis deux ans, Ennahda reste un parti important dans le pays.

I : Comment peut-on lire la démission du gouvernement, est-ce un signe de maturité de ce parti politique ?

C’est sans doute un signe de maturité, et c’est surtout un signe d’une évolution intéressante. Ennahda a tiré toutes les leçons de ce qu’il s’est passé en Egypte, où les Frères musulmans ont été chassés du pouvoir par la force.

N. : La montée en puissance de l’UGTT n’est-elle pas le signe d’une réelle mobilisation des ouvriers (et plus largement de la classe moyenne) pour aboutir définitivement à la transition démocratique ?

L’UGTT, la centrale syndicale, a toujours joué un rôle très important en Tunisie. Elle possède dans toutes les régions un réseau que bien peu de partis politiques peuvent se targuer d’avoir. C’est donc un acteur de premier plan. Et en se posant comme le principal médiateur de la crise, elle a encore souligné son poids dans le pays.

GATLATO : Quel est le sentiment du Tunisien de la rue si vous avez eu l’occasion d’en rencontrer ?

Les Tunisiens que j’ai eu l’occasion de rencontrer sont en majorité plutôt déçus. Leurs conditions de vie se sont dégradées, les prix ont augmenté, le taux de change du dinar par rapport à l’euro a baissé, et ils sont fatigués des débats politiques par lesquels ils se sentent assez peu concernés. Tout le volet social de la révolution de 2011, où l’une des principales revendications concernait la justice sociale, est loin d’être réglé. Le chômage des jeunes est toujours un fléau. Cela dit, je rencontre finalement peu de Tunisiens qui regrettent l’ancien système, même s’il y en a quelques-uns qui se manifestent.

Lire aussi : Les espoirs et désillusions des Tunisiens face à la révolution

Visiteur : Malgré des victoires législatives du camp moderniste (défense de la liberté de culte, du statut de la femme, etc.), il semble qu’il y ait malgré tout un regain de conservatisme dans le quotidien des Tunisiens (pression sur la tenue des femmes, sur les fêtes laïques, etc.). Qu’en est-il aujourd’hui ?

Ce ne sont pas des mesures législatives. Ces mesures sont contenues dans la future Constitution. Le Code du statut personnel adopté en 1956 avait déjà donné des droits à la femme tunisienne inégalés dans le monde arabe, et ce Code n’a absolument pas été remis en cause. Dans la pratique, des femmes, peut-être un peu plus aujourd’hui qu’hier, ont mis un voile qui était interdit. Donc elles sont peut-être un peu plus visibles aujourd’hui. Mais ce n’est pas un mouvement d’ampleur.

A. : Qu’en est-il actuellement des perspectives de croissance économique ?

Il y a un fort potentiel. La Tunisie dispose de beaucoup d’atouts. Mais tout dépendra de la situation politique. Pour l’heure, cette situation est morose : l’industrie des phosphates, qui représente une ressource importante pour le pays, a des difficultés à retrouver son niveau ; le chômage continue de faire des ravages ; et le tourisme, autre ressource importante, même s’il s’est un peu redressé, continue à souffrir.

A. : Avez-vous des anecdotes marquantes quant à votre expérience tunisienne post-révolution ?

C’est loin d’être anecdotique, mais la presse, notamment « Le Monde » qui était interdit sous Ben Ali, peut aujourd’hui travailler correctement sur l’ensemble du territoire. L’attitude des policiers, sur lesquels le régime de Ben Ali reposait beaucoup pour réprimer les libertés de la presse, a considérablement évolué. Ce matin, sur l’avenue Habib-Bourguiba, j’observais un policier en tenue qui distribuait des drapeaux tunisiens à la foule.

Chat modéré par Hélène Sallon


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