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VIDEO. Elle démissionne sur Youtube, 4 millions de vues : un buzz … – Le Nouvel Observateur

Marina Shifrin : “Pendant presque deux ans, j’ai sacrifié ma vie sociale, mon temps et mon énergie pour ce boulot.” (Capture)

La société du buzz met tout le monde à égalité. Les marques, avec des moyens considérables, font quelquefois bien moins de vues qu’un inconnu avec une bonne idée. Et comme le ridicule n’épargne personne, tout le monde peut se vautrer sous les yeux goguenards de centaines de milliers d’internautes voyeurs.

Le fameux pouce de Facebook ressemble étrangement à celui que tendaient les foules aux jeux du cirque pour implorer la grâce du malheureux gladiateur… ou qu’elles retournaient pour demander qu’on l’achève.

Une seule règle : le talent

Pourtant, le bouche à oreille numérique est généralement prompt à s’emballer. Surtout quand on a suffisamment d’originalité et de talent pour inventer un monde.

C’est ce qui arrive, par exemple, à la jeune Marina Shifrin, employée d’une entreprise taïwanaise de production, qui a choisi de démissionner avec une chorégraphie bien à elle, réalisée dans les locaux de son employeur, sur le morceau “Gone” de Kanye West.

La vidéo, postée samedi 28 septembre, avait déjà fait plus de trois millions de vues ce mardi matin. Pour mémoire, elles n’étaient que 300.000 dimanche, et 800.000 lundi soir.

Le plus beau doigt d’honneur imaginé depuis longtemps

Qu’est-ce qui fonctionne dans cette saynète a priori très simple ? Le panache d’une démission annoncée avec fracas, quand tant de salariés continuent à subir les brimades quotidiennes de leur chef mal-aimé. Et la drôlerie de cette danse ininterrompue et parfaitement maîtrisée, presque hypnotique tant elle se démultiplie sans jamais faiblir.

La règle semble évidente : impertinence, drôlerie, engagement de soi dans une prestation qui force le respect (c’est qu’elle bouge plutôt bien la demoiselle !). Mais l’ingrédient le plus décisif est ailleurs. Sur le papier, son idée ne tient pas la route : “Et si je me filmais à quatre heures du matin en train de danser dans un bureau vide ?”

À l’arrivée, le film tire son efficacité de la fraîcheur et de la spontanéité de la scène. À la question explicitement posée des conditions de travail (“depuis près de deux ans, j’ai sacrifié ma vie personnelle, mon temps, mon énergie pour cet emploi”) et de la finalité de ces métiers qui prennent tant de place dans nos vies (“tout ce qui intéresse mon patron, c’est la quantité de vidéos qu’on produit et leur nombre de vues”), cette jeune femme répond par l’absurde d’une danse qui semble le plus beau doigt d’honneur qu’on ait imaginé depuis longtemps.

Sur cette idée élémentaire, Marina Shifrin a réussi le casse parfait : 1 minute 45 secondes de la vie de millions d’internautes qui la regardent, avec plaisir, se prendre la porte des toilettes, ou s’accorder un “dance break” complètement absurde au milieu d’une chorégraphie bien réglée.

La conjonction du spectacle

Ainsi, le XXIe siècle n’est pas vraiment spirituel, Malraux avait tort, nous avons tous droit à notre quart d’heure de célébrité. C’est bien Warhol qui avait raison. Mais qu’est-ce qui pousse un inconnu à mettre sur YouTube, Facebook ou n’importe quel réseau social une vidéo de ses exploits, ceux de son chien ou de son bébé ?

C’est sans doute la conjonction parfaite de trois éléments aussi complémentaires que Gutenberg et la Bible en leur temps :

1. La révolution technologique qui a permis la démocratisation des outils d’enregistrement les plus sophistiqués : notre smartphone fait office de caméra à millions de pixel, la GoPro permet à chaque sportif du dimanche de filmer ses exploits en gros plan, gamelles comprises, le numérique est exportable d’un simple clic sans passer par la case labo.

2. La création d’internet et des réseaux sociaux, qui ont multiplié les tuyaux et les publics avides de distraire quelques minutes à leur journée de travail. Une immense salle de spectacle à web ouvert, où la notion réactualisée de “partage” offre à l’information une vitesse de circulation qui concurrence celle de la lumière.

3. L’invention de la téléréalité, qui a décomplexé le citoyen lambda en lui faisant croire que lui aussi peut devenir une cé-lé-bri-té et que le seul fait d’avoir un talent même insignifiant, d’aimer chanter, cuisiner, ou même draguer au bord des piscines doit lui assurer cette rente sur l’existence qu’on appelle la notoriété.

Le buzz : beaucoup de candidats, peu d’élus

Ces trois éléments et l’effet bien connu d’imitation/démultiplication nous valent depuis quelques années un bêtisier digne des émissions de zapping les plus navrantes, d’où surnagent pourtant quelques belles preuves du génie humain : un chat qui joue à “un, deux, trois soleils”, une danse sans fin devant les plus beaux monuments du monde, un bébé qui rit et un enfant qu’on torture en le privant de chamallow…

À qui le tour ? C’est là que le bât blesse. Il serait faux de croire que la société virale est une démocratie qui laisse sa chance à tous. Le buzz est un spectacle. Et comme dans la vraie vie, le spectacle nécessite du talent. Pour une vidéo qui tourne, combien qui sombrent en quelques clics parce que leur auteur n’a pas su accrocher l’imagination de ceux qui la regardent : une idée ressassée mille fois, une exécution mal maîtrisée, une exhibition un peu gênante, une mauvaise bande-son…

Pour un internaute touché par la grâce d’une contribution drôle et imaginative, combien risquent de se prendre un mur qui n’a rien de virtuel quand il est constitué de centaines de milliers d’internautes moqueurs ?


Gros plan – Google Actualités

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