L’industrie aéronautique française a tiré la sonnette d’alarme face à ce qu’elle considère comme une « militarisation » croissante des chaînes d’approvisionnement
mondiales, avertissant que les rivalités géopolitiques influencent de plus en plus l’accès aux matières premières critiques, avec les terres rares comme point de vulnérabilité majeur.
S’exprimant jeudi, Olivier Andries, président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS) et directeur général du motoriste Safran, a souligné la forte dépendance du secteur vis-à-vis de la Chine pour ces éléments essentiels aux technologies aéronautiques modernes. Environ 90 % des besoins de l’industrie sont couverts par des fournisseurs chinois, a-t-il rappelé, alors même que Pékin et Washington restent engagés dans une rivalité stratégique, malgré une récente accalmie sur le plan commercial.
«On observe clairement une tendance à utiliser les chaînes d’approvisionnement comme un levier géopolitique, a déclaré Olivier Andries lors d’un point presse du GIFAS. La dépendance à des matières premières critiques est de plus en plus exploitée pour créer un avantage stratégique. Les terres rares constituent un sujet particulièrement sensible».
Les terres rares — ou les aimants puissants qui en sont parfois issus — sont présentes en faibles quantités mais jouent un rôle déterminant dans de nombreux produits de haute technologie, notamment les moteurs d’avion et d’autres systèmes aéronautiques.
Au-delà des risques liés aux approvisionnements, Olivier Andries a également fait part de ses préoccupations concernant la situation politique intérieure en France. Alors que le Parlement reprenait ses travaux après la trêve de fin d’année, il a pointé l’absence persistante d’un budget pour 2026, estimant que les parlementaires avaient « perdu le sens des priorités ». Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, tente désormais de relancer le processus budgétaire après l’adoption de textes d’urgence destinés à assurer la continuité des finances publiques.
Malgré ces incertitudes politiques, les plans de défense français restent sur les rails, a assuré Olivier Andries. Les pays européens, dont la France, accroissent leurs dépenses militaires sous la pression des États-Unis et dans le contexte de la poursuite du conflit en Ukraine.
Évoquant enfin l’avenir du programme de chasseur de nouvelle génération franco-germano-espagnol, freiné par des différends entre Airbus et Dassault Aviation, Olivier Andries s’est montré prudemment optimiste. Il a souligné l’existence d’une forte volonté politique au plus haut niveau en France et en Allemagne, tout en rappelant que l’avancée du projet dépendra de la capacité des industriels à trouver des accords et à accepter de travailler réellement ensemble. Foto-Nicolas Halftermeyer, Wikimedia commons.


















































































































































































