Plus de quatre ans après le lancement de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, des dizaines de milliers d’Ukrainiens restent dans l’impossibilité de
rentrer chez eux. En Belgique, plus de 100 000 personnes fuyant la guerre ont obtenu une protection temporaire — un chiffre qui illustre à la fois l’ampleur du déplacement forcé et la pression croissante sur les pays d’accueil.
Lorsque la Russie a attaqué l’Ukraine le 24 février 2022, l’Union européenne a réagi avec une rapidité inhabituelle. Dix jours seulement après le début du conflit, elle a activé la directive relative à la protection temporaire, permettant aux Ukrainiens de vivre et de travailler dans les pays de l’UE sans passer par la longue procédure d’asile. Ce dispositif a offert un accès immédiat au logement, aux soins de santé, à l’aide sociale, à l’emploi et à l’éducation. Initialement prévu pour un an, il a depuis été prolongé jusqu’au 4 mars 2027.
Selon l’Office des étrangers, entre mars 2022 et janvier 2026, 101 536 personnes ont bénéficié d’une protection temporaire en Belgique. La grande majorité étaient des ressortissants ukrainiens, même si certaines personnes non ukrainiennes résidant légalement en Ukraine avant l’invasion ont également été éligibles.
La vague la plus importante est arrivée en 2022, première année de la guerre. Cette année-là, 63 356 personnes ont obtenu une protection en Belgique, avec un pic spectaculaire en mars 2022, lorsque 26 507 demandes ont été approuvées en un seul mois. Les arrivées ont ensuite diminué : 15 626 personnes ont été protégées en 2023, 13 277 en 2024 et 8 756 en 2025.
Les données récentes montrent une évolution du profil des nouveaux arrivants. En 2025, l’écart entre les sexes s’est réduit, les femmes représentant 52 % des demandeurs et les hommes 48 % — un changement notable par rapport aux premières années, dominées par les femmes et les enfants. La majorité des nouveaux arrivants avaient entre 18 et 34 ans (41 %), suivis des 35–64 ans (32 %). Les enfants plus jeunes et les personnes âgées avaient déjà fui en grand nombre dès 2022.
Malgré la poursuite des violences en Ukraine, l’accès à la protection en Belgique devient de plus en plus restrictif. En décembre, des organisations d’aide humanitaire, dont Caritas International, ont averti que les conditions d’octroi se durcissent. À la fin de 2025, une demande sur trois était refusée, contre seulement 3 % en 2022.
Les autorités belges avancent plusieurs explications à cette hausse des refus. Depuis juin 2024, les règles européennes permettent aux États membres de rejeter les demandes de personnes ayant déjà bénéficié d’une protection temporaire dans un autre pays de l’UE. La Belgique a appliqué ces mesures plus strictes un mois plus tard. Les autorités signalent également une augmentation des demandes émanant de personnes qui ne résidaient pas en Ukraine avant février 2022, ainsi que de nouvelles demandes introduites après un premier refus.
Alors que la guerre se prolonge sans perspective claire de fin, l’expérience belge reflète un défi plus large à l’échelle européenne : concilier solidarité et capacités d’accueil, tout en garantissant une protection à celles et ceux qui continuent de fuir un conflit ayant profondément transformé le continent. Foto-Dpsu.gov.ua, Wikimedia commons.

















































































































































































