L’Algérie adopte une loi qualifiant la colonisation française de crime et réclame des excuses et des reparations

 

Le Parlement algérien a adopté à l’unanimité une loi déclarant la domination coloniale française sur le pays comme un crime, un geste hautement symbolique qui

accentue les tensions déjà vives avec Paris.

Les députés ont approuvé le texte mercredi dans une atmosphère de ferveur nationaliste, drapés d’écharpes aux couleurs nationales et scandant « Vive l’Algérie » dans l’hémicycle.

La nouvelle loi attribue formellement à la France une « responsabilité juridique » pour les préjudices causés durant ses 132 années de domination sur l’Algérie, plaçant la question de la responsabilité coloniale au cœur du cadre juridique et politique de l’État. Elle exige également des excuses officielles et des réparations, affirmant que l’indemnisation des dommages matériels et moraux constitue un « droit inaliénable » de l’État et du peuple algériens.

Si les analystes soulignent que cette législation n’a pas de portée contraignante sur le plan international, sa portée symbolique est considérable. Elle marque un tournant dans la manière dont l’Algérie entend affronter la France sur la question de la mémoire coloniale, en inscrivant des revendications anciennes dans le droit national.

Le président de l’Assemblée populaire nationale, Ibrahim Boughali, a déclaré que le vote envoyait « un message clair, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, selon lequel la mémoire nationale de l’Algérie n’est ni effaçable ni négociable », selon l’agence de presse officielle APS.

Le texte dresse l’inventaire des crimes du régime colonial français, citant notamment les essais nucléaires, les exécutions extrajudiciaires, la torture physique et psychologique, ainsi que le pillage systématique des ressources du pays.

La France a colonisé l’Algérie en 1830 et l’a gouvernée jusqu’à son indépendance en 1962 à travers un système largement documenté comme brutal et répressif, marqué par des massacres, des disparitions forcées, des déportations et la marginalisation de la population musulmane autochtone. L’Algérie estime à 1,5 million le nombre de morts durant la seule guerre de libération, entre 1954 et 1962.

Le président français Emmanuel Macron a déjà qualifié la colonisation de l’Algérie de « crime contre l’humanité », tout en refusant à plusieurs reprises de présenter des excuses officielles. En 2023, il avait déclaré qu’il ne lui appartenait pas de « demander pardon ».

Le ministère français des Affaires étrangères a refusé de commenter le vote parlementaire, un porte-parole affirmant que Paris ne souhaitait pas s’engager dans des débats politiques se déroulant dans d’autres pays.

Pour les historiens, l’importance de la loi réside moins dans sa portée juridique que dans son message politique. « Elle n’a aucun effet contraignant sur la France », explique Hosni Kitouni, chercheur en histoire coloniale à l’université d’Exeter. « Mais sa portée politique et symbolique est majeure : elle marque une rupture dans la manière dont l’Algérie aborde sa relation mémorielle avec la France. »

Le vote intervient dans un contexte de tensions diplomatiques accrues entre les deux pays, dont les relations restent étroitement liées par les questions migratoires et économiques. Ces derniers mois, les relations se sont détériorées, notamment après le soutien apporté par la France, en juillet 2024, au plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara occidental — une position fermement rejetée par l’Algérie, qui soutient le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et appuie le Front Polisario.

Les tensions se sont encore aggravées en avril, lorsqu’un diplomate algérien et deux ressortissants algériens ont été arrêtés à Paris, déclenchant une crise diplomatique à peine quelques jours après que le président Macron et le président algérien Abdelmadjid Tebboune ont affirmé leur volonté de relancer le dialogue.

Avec l’adoption de cette loi, l’Algérie a clairement indiqué que les questions de mémoire coloniale et de responsabilité resteront centrales — et conflictuelles — dans ses relations avec la France. Foto-Magharebia, Wikimedia commons.