
Un groupe de grands experts de santé français et d’associations de patients a lancé un avertissement sévère contre la réintroduction du pesticide acétamipride, affirmant qu’il présente de
graves risques non seulement pour l’environnement mais aussi pour la santé humaine.
Dans une lettre ouverte publiée mardi dans Le Monde, les signataires ont exhorté le gouvernement français à stopper la législation qui permettrait le retour de ce pesticide, interdit en France depuis 2018 en raison de ses effets néfastes sur les pollinisateurs. Ils ont averti que l’acétamipride pourrait menacer les enfants, les femmes enceintes et les adultes, citant des liens entre l’exposition aux pesticides et de graves problèmes de santé tels que les cancers, les maladies neurodégénératives et les troubles hormonaux.
La loi, adoptée le 8 juillet sans véritable débat parlementaire, vise à soutenir les agriculteurs français confrontés à des maladies des cultures. Mais cette décision a suscité une vive indignation publique. Une pétition menée par des étudiants contre cette mesure a rapidement gagné du terrain, recueillant plus de 2 millions de signatures et obtenant le soutien de chercheurs, de parlementaires et de chefs cuisiniers renommés.
Une opposition publique et scientifique croissante
Les experts – parmi lesquels Agnès Linglart, présidente de la Société française de pédiatrie, Olivier Coutard, président du conseil scientifique du CNRS, et Gérard Socié, président du conseil scientifique de l’Institut national du cancer – ont appelé le Conseil constitutionnel à annuler la loi. Le conseil doit rendre sa décision le 7 août.
Ils ont critiqué les législateurs pour avoir ignoré les avertissements des médecins, toxicologues et épidémiologistes, soulignant que les commissions du Sénat avaient consulté les syndicats agricoles et les agences gouvernementales mais avaient omis d’associer les spécialistes de la santé publique.
« Notre responsabilité est de protéger les générations futures d’une législation qui, sans l’ombre d’un doute, met en danger la santé des enfants, des jeunes et des enfants à naître », déclarait la lettre.
Les agriculteurs défendent la mesure
Les agriculteurs, en particulier les betteraviers, ont fortement plaidé pour la réintroduction de l’acétamipride. La France est le premier producteur européen de betteraves sucrières et abrite de grandes entreprises comme Tereos et Cristal Union. Les agriculteurs soutiennent que ce pesticide, encore autorisé dans d’autres pays de l’UE, est indispensable pour lutter contre la jaunisse de la betterave – une maladie des cultures qui a réduit les rendements de 30 % en 2020.
En mai, les agriculteurs ont manifesté à Paris contre des amendements susceptibles de limiter leur utilisation du pesticide, affirmant qu’ils en avaient besoin pour rester compétitifs face à leurs homologues européens.
Et maintenant ?
Le président Emmanuel Macron, soumis à une pression croissante, a déclaré qu’il attendrait la décision du Conseil constitutionnel avant de prendre d’autres mesures. De leur côté, les experts de santé et les associations de patients appellent le conseil à écouter la volonté des millions de citoyens ayant signé la pétition et à rejeter la loi.
« La démocratie française doit être à la hauteur de l’enjeu », concluait la lettre, « et protéger la santé de sa population ainsi que son environnement. »














































































































































































