Plus de 40 parlementaires britanniques appellent le gouvernement à présenter des excuses officielles pour les actions du Royaume-Uni pendant son administration de la Palestine au début du
XXᵉ siècle, estimant que le pays doit reconnaître son rôle historique dans l’un des conflits les plus durables du monde.
Cette demande intervient après la remise au gouvernement d’une pétition juridique détaillée de 400 pages par la campagne Britain Owes Palestine. Le document, rédigé par les avocats britanniques Ben Emmerson et Danny Friedman, décrit ce que ses auteurs considèrent comme des actes illégaux et de possibles crimes de guerre commis pendant l’administration britannique du territoire entre 1917 et 1948.
Selon les militants, aucune réponse officielle du gouvernement n’a encore été reçue depuis la soumission de la pétition en septembre.
Des accusations juridiques sur le rôle historique de la Grande-Bretagne
La pétition affirme que les autorités britanniques ont violé le droit international pendant leur contrôle de la Palestine. Parmi les accusations figurent l’échec à reconnaître le droit des Arabes à l’autodétermination, l’absence de base juridique suffisante pour la célèbre Balfour Declaration, ainsi que des actions telles que des meurtres, des actes de torture, des détentions arbitraires et des démolitions massives de maisons.
Le document se concentre sur la période du British Mandate for Palestine, lorsque la Grande-Bretagne administrait la région sous un mandat accordé par la League of Nations.
Un soutien politique transversal
Parallèlement à la pétition, 45 députés et membres de la Chambre des lords issus de plusieurs partis ont signé une lettre ouverte demandant au gouvernement de reconnaître la responsabilité historique du Royaume-Uni.
Parmi eux figure la députée libérale-démocrate Layla Moran, première parlementaire britannique d’origine palestinienne. Elle affirme que la Grande-Bretagne a violé plusieurs lois internationales en vigueur pendant son administration du territoire.
Selon elle, les conséquences de ces décisions continuent d’influencer le conflit actuel.
« Les gouvernements successifs ont refusé de reconnaître ce passé ou de présenter des excuses officielles », a déclaré Moran. « Si la Grande-Bretagne veut réellement promouvoir la paix à Gaza aujourd’hui, elle doit commencer par affronter son rôle historique et reconnaître les torts causés. »
Les racines historiques du conflit
L’implication britannique en Palestine remonte à 1917, lorsque la déclaration Balfour a exprimé le soutien du Royaume-Uni à l’établissement d’un « foyer national pour le peuple juif » dans la région.
En 1920, la Société des Nations a officiellement confié à la Grande-Bretagne l’administration du territoire par le biais du Mandat britannique pour la Palestine, qui prévoyait notamment de faciliter l’immigration juive et la mise en place d’institutions de gouvernance.
Selon les historiens, cet arrangement a créé des attentes contradictoires entre les communautés juive et arabe. Au fil des décennies suivantes, les tensions ont conduit à des violences et à des soulèvements périodiques.
La Grande-Bretagne s’est finalement retirée en 1948 après l’échec du United Nations Partition Plan for Palestine. Peu après, l’State of Israel a été proclamé, déclenchant une guerre régionale.
Une demande de reconnaissance plutôt que de compensation
Le juriste Victor Kattan, qui a participé à la rédaction de la pétition, explique que la principale demande est une excuse publique du Premier ministre plutôt qu’une compensation financière.
Selon lui, une telle excuse constituerait une reconnaissance symbolique de la souffrance des Palestiniens pendant cette période et ouvrirait la voie à une discussion plus large sur la responsabilité historique.
Il suggère également que cette période soit intégrée aux programmes scolaires britanniques, présentée dans les musées ou commémorée par un mémorial.
L’histoire personnelle derrière la campagne
La pétition est menée par l’homme d’affaires et philanthrope palestinien Munib Al-Masri, qui affirme avoir été blessé par des soldats britanniques lorsqu’il était enfant et porter encore des éclats d’obus dans son corps.
Aujourd’hui âgé de 91 ans, il estime que les politiques britanniques de l’époque ont contribué à façonner durablement la situation politique dans la région.
« Ce que la Grande-Bretagne a fait en Palestine ne s’est pas arrêté lorsqu’elle est partie en 1948 », a-t-il déclaré. « Les politiques et la violence de cette période ont contribué à créer les conditions de la tragédie que nous vivons aujourd’hui. »
Réaction du gouvernement
Le Foreign, Commonwealth and Development Office n’a pas commenté la pétition, indiquant qu’il ne répond pas habituellement aux pétitions de ce type.
Les militants affirment toutefois qu’ils continueront à faire pression sur le gouvernement pour obtenir une réponse officielle et lancer un débat public sur le rôle historique du Royaume-Uni en Palestine. Foto-UK Parliament, Wikimedia commons.
















































































































































































